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 David ABBASI  Siyavash AWESTA

 Perse 7000 ans de civilisation

 Au nom du maître de l’âme et de l’intelligence

Au nom du maître de l’âme et de l’intelligence, au-delà duquel la pensée ne peut aller, du maître  de la gloire, du maître du monde, du maître de la fortune, du maître de saturne et de la rotation des sphères, qui a allumé la lune et l’étoile du matin, et le soleil ; qui est plus haut que tout nom, que tout signe, que toute idée, qui a peint les étoiles au firmament.

C’est ici, ô sage, le lieu où il convient de parler de la valeur de l’intelligence. Parle et tire de ta raison ce que tu sais, pour que l’oreille de celui qui t’écoute s’en nourrisse. L’intelligence est le plus grand de tous les dons de Dieu, et la célébrer est la meilleur des actions. L’intelligence est le guide dans la vie, elle réjouit le cœur, elle est ton secours dans ce monde et dans l’autre. La raison est la source de tes joies et de tes chagrins, de tes profits et de tes pertes. Si elle s’obscurcit, l’homme à l’âme brillante ne peut plus connaître le consentement. Ainsi parle un vieux vertueux et intelligent, des paroles duquel se nourrit le sage : «  Quiconque n’obéit pas à la raison, se déchirera lui-même par ses actions ; le sage l’appelle insensé, et les siens le tiennent pour étranger ». C’est par l’intelligence que tu as de la valeur dans ce monde et dans l’autre, et celui dont la raison est brisée tombe dans l’esclavage. La raison est l’œil de l’âme ; et si tu réfléchis, tu dois voir que, sans les yeux de l’âme, tu ne pourrais gouverner ce monde. Comprends que la raison est la première chose créée. Elle est le gardien de l’âme ; c’est à elle qu’est due l’action de grâces que tu dois lui rendre par la langue, les yeux et les oreilles. (FERDOWSI) 

 Le roi des rois fonde l’université de médecine

Cyrus, roi des rois, roi de l’Egypte du haut et du bas, quand j’étais dans son royaume, m’a ordonné d’aller en Egypte pour créer ou construire dans la capitale une faculté de médecine et je rassemble toute chose nécessaire pour faire fonctionner cette faculté en Egypte.

J’étais allé en Egypte et j’ai fait ce que le roi des rois m’avait ordonné et j’ai préparé tous les livres et laboratoires et j’ai invité la jeunesse de l’Egypte à apprendre la médecine, sous la surveillance de professeurs qualifiés.

Cyrus, roi des rois, connaissait bien la valeur de la médecine et il espérait ainsi sauver la vie des malades d’Egypte.

Ce texte a été ramené de l’Egypte vers Rome par Adrien et il est actuellement dans le musée du Vatican.

 

 

L’homme, une créature inconnue

 

 

L’homme, jusqu’à aujourd’hui, reste inconnu car personne n’a pu donner d’explication totale à cette créature. Qu’est-il, qui est-il, que fait-il, pourquoi est-il là et comment est-il apparu dans ce monde ? Autant de questions auxquelles aucun philosophe, aucun savant ni prophète n’a su donner de réponse.

 

L’homme est un créateur qui, pendant des milliers d’années, a créé beaucoup de civilisations. Aujourd’hui, il est arrivé à un point où nous pouvons le considérer comme le Dieu de la Terre. Tous les progrès des technologies informatiques et nucléaires, créées et découvertes par lui, avancent plus vite que l’être humain…..

L’homme, avec toutes les puissances existantes, reste tout de même incapable de résoudre certains problèmes qui surviennent dans le monde chaque jour. Les problèmes de chômage, de pauvreté, des sans-abri, de faillite de grandes compagnies internationales ou nationales et les êtes sacrés et respectables que les hommes politiques, les chargés culturels…. abandonnent,  montrent qu’un homme de grande qualité peut tomber de haut pour atterrir très bas.

Tandis qu’une partie d’êtres humains rencontre tous ces problèmes, d’autres vivent en paix sans grands soucis et de nombreux qui amélioreraient la civilisation et le progrès d’aujourd’hui.

 

 

 

 

Chance ou Dieu !

 

 

L’homme a, depuis toujours, cherché une personne ou un fait qui justifierait ou condamnerait le mal et le bien qui existent dans ce monde. C’est alors pour cette raison que les Dieux furent créés et que les prophètes parurent parmi les gens.

Aujourd’hui, sans aucun doute, dans de nombreuses sociétés laïques, la chance prend la place de Dieu. Cela dit, personne ne peut contester le fait qu’aujourd’hui, avec tous les problèmes que l’homme rencontre, il soit attiré par la métaphysique. En effet, chaque fois qu’il se sent seul, pauvre, incapable devant les difficultés, les dangers, il recherche une force qui pourrait l’aider. C’est à ce moment-là, que la société n’y pouvant rien, l’homme se tourne vers la métaphysique ou tend à l’autodestruction. Et au fanatique, quelle que soit son appartenance raciale ou religieuse, d’apparaître à ce moment précis. S’il existait des chefs ou des mouvements bien organisés, ceux-ci pourraient recueillir tous ces gens dans leur pays et profiter d’eux  aveuglément..

Pour toutes ces raisons, nous pouvons justifier la présence d’une idéologie ou simplement d’une pensée universelle et qui répond à certaines questions que l’on se pose, même dans les sociétés laïques : Qui est l’homme ? Dieu existe-il ? Comment l’explique-t-on ?

Une des plus anciennes pensées que l’on peut considérer comme la mère de toutes les religions et philosophies mondiales est dérivée de l’AVESTA. L’AVESTA est la plus ancienne pensée perse, vieille de 7000 ans.

 

 

La lutte du bien et du mal !

 

 

ZARATUSTRA, un des prophètes de ces pensées et, avant lui, MITRA, sont les plus connus dans l’écriture occidentale. L’AVESTA se composait de cent vingt livres prodiguant un grand nombre de conseils, d’explications philosophiques, existentielles et juridiques sur la base d’une société civilisée, fondée sur la raison.

Cette pensée n’a jamais été considérée comme une pensée divine et inchangeable. Selon l’AVESTA, les puissances divines et sataniques s’opposaient continuellement, une guerre considérée comme la lutte entre le bien et le mal. L’AVESTA disait aux êtres humains de combattre le mal de trois façons : par une bonne pensée, une bonne parole et une bonne action.

Pour continuer la lutte, il fallait combattre le mal de Satan afin de créer un homme bon. En effet, le danger représenté par Satan persistait puisqu’à chaque instant un homme bon pouvait se transformer en un home mauvais.

Dans la pensée d’AVESTA, le mal indéfini ou le bien parfait n’existe jamais, tout comme l’homme parfait qui ne peut jamais exister.

Chez l’homme, s’affrontent la lumière et l’obscurité, présentes en même temps en lui. Tout dépend du moment où l’une est active sur l’autre.

Mais l’homme est une créature si peu connue que nous ne pouvons jamais connaître précisément sa propension à faire le bien ou le mal.

Quelqu’un de bien peut immédiatement devenir mauvais ou inversement.

Concernant cette dualité de l’homme, il existe depuis toujours une pensée raisonnable qui a su conquérir le monde entier mais, après l’apparition de religions monothéistes : la raison et la dualité de l’AVESTA ont laissé leur place à un Dieu, à la fois quelqu’un de gentil, amoureux et sympathique et quelqu’un qui torture les hommes, les mène vers le diable ou Satan dés qu’ils pèchent ! Ce Dieu qui torture par ses pièges et mène vers l’enfer ne peut être un Dieu juste. Même s’il est celui qui a créé Satan afin de détourner les gens vers le mal pour remplir l’enfer, il ne peut être qu’un maître de jeu, s’amusant avec un scénario comme un scénariste ou un metteur en scène de cinéma.

 

L’AVESTA parle de deux puissances tout à fait indépendantes :

  -l’une représente le bien, n’aime que le bien et n’a créé que le bien, elle se nomme AHOURA-MAZDA ( le savant et le puissant ). Ce Dieu savant et puissant n’a jamais besoin d’approuver ces milices ni ces prophètes puisqu’il sait toute chose avant qu’elle ne se produise.

  -l’autre représente le mal et se nomme AHRIMAN ( SATAN ). Elle ne fait que le mal, la torture et existe partout. Elle vit toujours à coté de Dieu, a la même puissance que lui mais avec des parties négatives tandis que Dieu la possède avec des parties positives.

Par conséquent, chez l’homme s’affrontent les deux pouvoirs qui devraient toujours être en guerre : le bien et le mal, la lumière et l’obscurité. Une partie des êtres humains créé le paradis sur terre et l’autre envoie des êtres humains en enfer. A n’importe quel endroit de l’univers, nous sommes chaque jour témoins de l’enfer ou du paradis créé par l’homme et non par Dieu ou par le Diable.

 

 

L’AVESTA et trois grands religieux

 

 

Chez les Juifs : L’impression et l’influence des Perses sur les trois grandes religions monothéistes sont ancrées dans l’histoire. Par exemple, chez les Juifs, comme nous pouvons le lire dans la Tora, le roi perse nommé Cyrus a libéré les Juifs du Babyl et est ainsi considéré comme le Christ, c’est-à-dire le sauveur des Juifs. C’est Cyrus lui-même qui rédigea, pour la première fois, la Déclaration des Droits de l’Homme, il y a quatre mille ans :

 

 

Première Déclaration des Droits de l’Homme

 

L’édit de Cyrus : « Moi, Kouroch ( Cyrus ), roi du monde, roi de Tintyr ( Babylone ), roi de Sumer et d’Akkad, roi des quatre religions (…), quand je suis pacifiquement entré dans Tintyr, j’instaurai le siège au pouvoir des princes, dans la liesse et l’allégresse. Marduk ( Dieu des Babyloniens ) a incliné vers moi les nobles cœurs des braves babyloniens, car j’ai été chaque jour attentif à son culte. Mes nombreuses troupes circulèrent dans Babylone en toute quiétude. Je n’autorisai quiconque à exercer le terrorisme sur la terre de Sumer et d’Akkad. Je ne perdis pas de vue les nécessités de la cité et de tous ses sanctuaires afin de pourvoir à leur bien-être. J’affranchis les citoyens de Babylone de tout joug avilissant. Je restaurai leurs demeures délabrées ; je mis fin à leurs misères. (…) Jusqu’aux cités d’Assur, Suse, Agadé et Echnuma, à celles de Zamban, Meurnu et Der, jusqu’au terroir de Guti et aux villes saintes situées au-delà du Tigre, je rendit aux dieux leurs places et les installai en des demeures durables. Je rassemblai tous les habitants et leur restituai leurs domiciles. De par la volonté de Marduk, le grand-dieu, je n’autorisai les dieux de Sumer  et d’Akkad à habiter en paix leurs séjours enchanteurs.

 

 

Dans le Christianisme : comme il est fait état dans la Bible, ce sont les envoyés du roi perse qui désignent Jésus comme le prophète :

Jésus étant né à Bethlehem en Judée, au temps du roi Hérode, voici des mages d’Orient (les messagers du roi perse ) arrivèrent à  Jérusalem et dirent : Où est le roi des juifs qui vient de naître ? car nous avons vu  son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l’adorer.

Le roi Hérode, ayant appris cela, fut troublé, et tout Jérusalem avec lui.

Il assembla tous les principaux sacrificateurs et les scribes du peuple, et il s’informa d’eux  où devait naître le Christ.

Ils lui dirent : A Bethlehem en Judée ; car voici ce qui a été écrit par le prophète :  Et toi, Bethlehem, terre de Juda, tu n’es certes pas la moindre entre les principales villes de Juda car de toi sortira un chef qui paîtra Israël, mon peuple.

Alors Hérode fit appeler en secret les mages ( perses ), et s’enquit soigneusement auprès d’eux depuis combien de temps l’étoile brillait. Puis, il les envoya à Bethlehem, en disant : Allez, et prenez des informations exactes sur le petit enfant, quand vous l’aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que j’aille aussi moi-même l’adorer.

Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici, l’étoile qu’ils avaient vue en Orient ( Iran ) marchait devant eux jusqu’à ce qu’étant arrivé au-dessus du lieu où était le petit enfant, elle s’arrêta.

Quand ils aperçurent l’étoile, ils furent saisis d’un très grande joie.

Ils ( les Iraniens ) entrèrent dans la maison, virent le petit enfant avec Marie, sa mère et se prosternèrent et l’adorèrent ; ils ouvrirent ensuite leurs trésors et lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

….à Joseph et dit : Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Egypte, et restes-y jusqu’à ce que…. ( EVANGILE, MATHIEU 2 )

 

Dans cette partie du texte évangélique, nous constatons que pour la première fois, ce sont les Iraniens qui désignaient Jésus comme un prophète et comme le Sauveur des Juifs de la colonisation des Romains.

Pendant plusieurs années, il y a eut un grand conflit entre la Perse et les Romains. Chacun essayait d’affaiblir son adversaire par n’importe quel moyen.

Les Iraniens, savant que les Juifs attendaient l’apparition d’un Sauveur, ont élaboré un scénario sur le Christ et, comme nous l’avons vu dans le texte évangélique, ont même payé Joseph et Marie pour qu’ils prennent leurs enfants et les ramènent vers l’Egypte.

A l’époque, l’Egypte était colonisée par les Perses. Nous pouvons trouver la trace de Jésus en Inde et en Iran où il est resté pendant une vingtaine d’années avant de retourner dans sa ville natale. Il avait appris plusieurs sciences de l’époque, tel que les mathématiques, la philosophie, la médecine, etc.……( En Egypte, en Iran et en Inde ).

En ce temps-là, l’épilepsie existait en Palestine ( ou en Israël ) et on enterrait beaucoup de personnes qui tombaient au sol à cause de cette maladie. Il y avait également la conjonctivite qui rendait les gens aveugles alors que ces maladies n’étaient pas encore connues des paysans de l’époque.

Même si ces maladies étaient reconnues par les Romains qui colonisaient la Palestine, ils ne faisaient aucun effort, dans les villages et les cités où les Juifs étaient en majorité, pour soigner ces pauvres gens.

Jésus, qui avait appris la médecine en Iran, dés son arrivée, créa un groupe de fidèles en leur apprenant une partie de ce qu’il savait et commença à sauver les malades.

Sans doute, si les Perses ont aidé Jésus depuis son enfance, c’était pour conduire les Juifs à la révolte contre les Romains mais, après plusieurs années, la Révolution de Jésus arriva même jusqu’à Rome et l’on peut même constater aujourd’hui que ce ne sont pas les Juifs qui sont devenus chrétiens mais les Européens !!!

 

 

Dans l’Islam : Le roi Cyrus ( désigné dans la bible comme le sauveur des Juifs ) gouvernait 128 pays de son époque, comme le dit la Bible. Parmi ces pays, il y avait l’Arabie Saoudite d’aujourd’hui et l’Egypte.

Au moment où sa troupe voulait traverser la Mer Rouge pour aller vers l’Egypte, ils ont créé un temple à la Mecque, que l’on nomme aujourd’hui Kaaba, et l’ont nommé la maison de Mars  (Atéchgâh ). Ce temple, qui était la place du feu pendant plusieurs années, était un lieu sacré pour les Iraniens. Après qu’ils aient été forcés de quitter l’Egypte, ils ont même abandonné la Mecque en laissant quelques représentants pour gouverner au Yémen.

Kaaba ( situé dans la ville de Mecque en Arabie Saoudite ) après l’abandon des Iraniens, restait toujours un lieu sacré géré par plusieurs familles et tribus arabes. Bien sûr, ce temple a été plusieurs fois détruit et refait. Mais son aspect d’aujourd’hui est presque le même qu’un Atachgah ( place du feu ). Il en existe toujours quelques-uns uns en Iran, dont un à Persepolis, aujourd’hui nommé Kaaba de Zaratustra.

Et comme j’ai écrit dans le livre « LES SECRETS DE L’ISLAM », une partie du Coran sont des poésies en style persan et certains versets du Coran sont la traduction des Gasses de l’AVESTA.

 

 

 

PLATON, PYTHAGORE ET L’AVESTA

 

 

L’AVESTA, pensée rationnelle de l’homme d’Orient, existait déjà plus de 7000 ans. Mitra le premier la cita puis, plus tard, Zaratustra 1ère. Elle fut réunie et enregistrée dans 120 livres. De 120 livres, il ne reste qu’une petite partie car bon nombre d’entre eux furent brûlés au moment des attaques et de l’invasion dont les Perses ont du faire face, pendant les milliers d’années de leur existence.

Les nombreuses forces et pouvoirs politiques et idéologiques qui ont attaqué les Perses pendant des milliers d’années ont sans doute utilisé à leur profit les 120 livres de l’AVESTA  en les traduisant dans leur langue.

Ce fut le cas des Grecs quand ils ont conquis les Perses, après l’invasion d’Alexandre Le Grand et des musulmans.

Beaucoup d’historiens pensent que Platon connaissait bien l’AVESTA et qu’ils avaient emprunté à cette pensée une grande partie de ses idées.

Pythagore connaissait également l’AVESTA. Dans son livre sur les voyages, on apprend même qu’il avait rencontré Zaratustra. Ses idées au sujet du feu montraient aux historiens que Pythagore connaissait bien l’AVESTA.

 

 

 

IRAN

7000 ANS DE CIVILISATION

L’ANNEE 7022 ( =2000 ) PERSANE  MITRAIQUE

 

 

LES PERSES POSSEDENT LEUR PROPRE CALENDRIER DEPUIS PLUS DE 7000 ANS

 

Ce calendrier sombra dans l’oubli, et fut écarté de l’histoire de ce peuple après l’apogée de l’Islam en Iran. Depuis 1993, grâce à nos recherches et notre travail, le calendrier perse, vieux de 7000 ans, fut de nouveau utilisé dans le monde entier.

 

 

NOUVEL AN PERSE :

 

Le nouvel an perse ( NOWROOZ ) commence, depuis des milliers d’années, à compter du premier jour du printemps, soit le 20 ou le 21 mars de chaque année.

Ce jour-là, toute la famille se met autour d’une table qui est préparée depuis l’année précédente et qui comprend 7 articles commençant par «  SH  » ( Shin ) comme Sharab ( vin ), Shekar ( sucre ), Sham ( bougie ), Shabnam ( fleur ), Shahnameh ( lettre des rois ), Shirini       ( pâtisseries ) et Shamshir ( épée ) qui représente la force et le pouvoir.

Après l’invasion des musulmans en Iran, le Shin ( SH ) a été remplacé par un Sin ( S ) car le vin ( Sharab ) a été interdit par l’Islam et, au lieu de Sharab, on a choisi Serké ( le vinaigre ).

Autour de cette table, le chiffre 7 était toujours sacré pour les Perses et ces articles étaient les articles de la nature, de la beauté, de la vie, de la force et du pouvoir.

Beaucoup de fêtes traditionnelles perses ont été empruntées par d’autres civilisations et religions.

Par exemple, le 21 décembre, qui est le jour de la naissance de MITRA, premier prophète perse, est toujours fête nationale depuis 7000 ans. Avec quelques jours de décalage, il a été porté au 25 décembre et a été appelé « Le jour de la naissance de Christ  ».

 

 

PAQUES ET SIZDAHBEDAR :

 

Le 13ème jour du printemps, était et est le jour où les Perses sortaient de leur ville pour assister au grand pique-nique en dehors de leur Cité.

Cette fête est empruntée par les Juifs le jour de leur sortie d’Egypte, sous le nom de « Fête de PESSAH  ».

Les chrétiens - avec toujours quelques jours de décalage - célèbrent les « Fêtes de PAQUES ». Le nom est d’ailleurs un vocable persan, qui signifie « propre ».

Le « poisson d’avril » existe également depuis 7000 ans dans l’histoire de la Perse. Il a débuté par une plaisanterie de MITRA envers son peuple.

Le « Père Noël » était d’origine AMOUNOWROUZ, qui venait le premier jour du printemps, avec sa barbe blanche et son manteau rouge et son bonnet pour donner des cadeaux aux enfants.

Sans doute chaque peuple détient-il son calendrier et son histoire. Le peuple égyptien, le peuple juif ( actuellement dans sa 578ème année ), le peuple chrétien ( actuellement dans sa 1999ème année ), les Franc-maçon ( aujourd’hui en l’an 5999 ) et les Perses, aujourd’hui en 7021.

 

 

TOUSSAINT :

 

A part les fêtes du Nouvel An, de Pâques…. , il y a les fêtes de la Toussaint, fêtes du retour de l’esprit vers la terre qui ont plus de 7000 ans chez les Perses. En ce jour, fête de Farah-Vashi  (Toussaint ), les gens s’habillent tout en blanc, dansent et écoutent de la musique en clamant : « Accueillons les esprits avec gaieté. »

 

 

 

EXPOSITION A PARIS

7000 ANS D’ART EN IRAN

 

 

En 1961, une grande exposition de 7000 ans d’art en Iran a été organisée au Grand Palais de Paris. Charles De Gaulle, André Malraux et Mohammad Reza Shah ont envoyé chacun un message pour l’ouverture de cette exposition.

Un livre a été publié après cette exposition avec plusieurs articles et photos des objets exposés.

Dr I. Behnam, professeur d’archéologie à l’université de Téhéran et conseiller technique au Musée d’archéologie avait écrit quelques mots concernant cette exposition :

« Après les grandes découvertes de la Renaissance et à la suite des recherches archéologiques qui ont été faites au cours des derniers siècles, on adopta l’opinion que la civilisation grecque était à l’origine du progrès humain.

L’étude de plus en plus approfondie par les savants et les archéologues, des découvertes égyptiennes, démontra par la suite que la civilisation de la Grèce antique était redevable en grande partie à la civilisation égyptienne avec laquelle elle avait pris contact bien avant l’époque classique, soit par mer, soit par l’intermédiaire de l’Asie Mineure.

D’autres découvertes démontrèrent qu’à coté de l’Empire Egyptien, des empires tels que celui des Hittites et des Mittaniens, avaient joué un rôle assez important dans la destinée de la civilisation de l’Humanité.

Les dernières recherches dans différentes régions de l’Iran, spécialement dans les environs du lac de Rézaieh et sur les hauteurs qui bordent la mer Caspienne, montrèrent que bien avant les Grecs, une civilisation très développée existait déjà aux confins de cette mer.

Le très grand nombre d’objets mis à jour dans ces régions, et l’habilité technique avec laquelle ils sont décorés, montrent que leur population possédait une culture très avancée, et qu’elle avait des rapports étroits avec les civilisations de Mésopotamie.

C’est pour faire connaître le rôle très important que la civilisation orientale, et plus spécialement la civilisation iranienne, a joué dans le progrès humain, que nous avons consenti et, malgré de grandes difficultés, obtenu de prêter les pièces les plus précieuses et les plus remarquable de notre musée à cette grande exposition de Paris qui devra resserrer les liens culturels qui unissaient toujours l’Iran et la France. Cette grande manifestation permettra de faire apprécier la valeur de notre civilisation ancienne à tous ceux qui auront l’occasion de visiter cette Exposition. »

 

 

 

Roman Greshman, grand archéologue et chercheur français en Iran !

 

R.Greshman est un grand archéologue et chercheur français, à qui l’histoire de l’Iran est redevable de grandes découvertes sur sa civilisation. Dans un petit article, il nous explique et nous donne un schéma de plusieurs expositions organisées depuis 1931 à Londres jusqu’à 1961 à Paris :

« Il y a exactement 30 ans que s’ouvrait à Londres, en 1931, une grande exposition d’art iranien. C’était l’année où le Plateau iranien connaissait le début des recherches archéologiques.

Certes, la Délégation française en Perse comptait à cette époque plus d’un tiers de siècle d’activité scientifique mais tout son effort, ou presque, était porté sur le site de Suse et la civilisation élamite dont le centre se situait dans la plaine de l’Iran du sud-ouest, c’est-à-dire, géographiquement parlant, dans le prolongement de la plaine mésopotamienne.

A part quelques monuments en ruines amis connus depuis toujours, des époques historiques, achéménides, parthes ou sassanides, que relevèrent et dessinèrent Flandrin et Coste, déjà en 1840, le passé du Plateau proprement dit restait « terra incognita » du point de vue archéologique. Ceci explique la composition de l’Exposition de Londres où, sur quatorze salles, moins de deux furent consacrées à l’Iran pré-islamique.

Quatre ans plus tard, en 1935, l’Exposition d’Art iranien organisée à Leningrad pour le 3ème congrès International d’Art iranien, permit au monde savant de connaître les magnifiques richesses de l’Ermitage, en grande partie constituées par les arts de « l’Iran Extérieur », scythe, sarmate, sibérien, auxquels s’ajoutait un ensemble unique d’argenterie sassanide.

Une exposition d’art persan fut organisée au Caire en 1935 sous les auspices de la Société des Amis de l’Art : elle groupa près de huit cents pièces et, outre un catalogue bilingue, en français et en arabe. Un album de soixante-douze planches conserve le souvenir des plus beaux objets.

L’exposition suivante, celle de Paris en 1938, à la Bibliothèque Nationale, organisée par M.Georges Salles, était consacrée aux objets conservés dans les Musées de France et les collections privées françaises. Elle ne couvrait que l’époque sassanide et surtout islamique, avec les richesses de la Bibliothèque Nationale en manuscrits et miniatures qui étaient pour la première fois présentés au public.

Le musée arabe du Caire faisait connaître par une manifestation plus modeste, en l’année 1947, des pièces de céramique de trouvailles de Kachan, quelques mois avant la publication que lui consacra Bahrami.

Une formule plus large a été adoptée par René Grousset quand il organisa en 1948 une exposition d’art iranien au musée Cernuschi. A la base de celle-ci se trouvaient une centaine d’objets envoyés de Téhéran sur  l’ordre de Sa Majesté Impériale, le Chah d’Iran. Une place assez réduite était réservée aux époques archaïques.

Deux ans plus tard, en 1950, le musée de Téhéran réalisa une exposition à New York et à Boston, en présentant une fois de plus, plus d’une centaine d’objets considérés comme les plus représentatifs des époques historiques.

Enfin sur un plan plus étendu, fut conçue par le professeur Tucci, l’Exposition qu’on a pu voir à Rome en 1956. L’essentiel en était constitué par l’envoi, toujours généreux, du musée de Téhéran, de pièces de diverses époques et, pour la première fois, les organisateurs réussirent à donner une large idée de la civilisation des bronzes du Luristan.

Dans la préface du catalogue de l’Exposition d’Art iranien à la Bibliothèque Nationale à Paris, en 1938, Paul Pelliot écrivait : Le moment n’est pas venu de réaliser le projet que nous avions conçu d’une grande exposition de l’art « iranien »au sens large, sédentaire et nomade, pris à tous ses âges, chez lui et chez ceux qu’il a influencés ». Notre ambition est de tenter ce qui paraissait irréalisable il y a près d’un quart de siècle au grand maître disparu.

L’exposition que nous présentons au public porte pour titre : « Sept Mille Ans d’Art en Iran ». De fait, soucieux de donner au visiteur l’idée la plus complète des arts du Plateau iranien, c’est  par les objets du 5ème millénaire avant notre ère que nous débutons. »

 

 

Plateau iranien

Premières terres de notre globe

 

Certains historiens confirment que les premières terres de notre globe ayant émergées des eaux se situaient dans la région anciennement appelée Mésopotamie ( ancienne Perse ), au même titre que d’autres historiens les situent en Afrique ou aux Amériques.

Cela justifie-t-il peut-être certaines ressemblances dans les rites anciens et racines de dialectes de ces trois continents.

Roman Greshman, dont nous citons ici un extrait des écrits concernant le plateau iranien, fait partie des archéologues et historiens qui confirment ces thèses :

 

 

Plateau iranien

Introduction historique

 

« Les recherches archéologiques qui ont été poursuivis sur le Plateau, par plusieurs nations, et par la France en premier lieu, nous permettent d’illustrer le développement de l’art iranien depuis le 5ème millénaire avant J.-C. jusqu’au 19ème siècle, sans solution de continuité. Chaque époque se trouve ainsi représentée ici, peut-être d’une façon inégale mais suivant l’ampleur de notre documentation. Toutefois, ce que nous avons cherché à souligner, c’est la profonde coupure dans la civilisation et les arts du Plateau qui commence à se manifester à partir, et du fait, de l’arrivée des éléments iraniens qui donnèrent leur nom à ce Plateau.

 

 

La proto-histoire :

 

Les Mèdes et les Perses, suivis par leurs proches parents les Cimmériens et les Scythes, pénétrèrent par vagues successives en Iran, en y changeant profondément les aspects de la vie humaine.

Le grand morcellement du pays devait favoriser les cavaliers iraniens : on peut supposer qu’entrer au service de nombreux chefs locaux, ces mercenaires, que l’on gratifiait d’un petit domaine, et qui, en retour, devaient fournir des troupes composées de leurs hommes, remplacèrent peu à peu les chefs mêmes qu’ils avaient servis. Une lente substitution devait se produire au cours des siècles, qui atteignit de façon inégale les diverses parties du Plateau. Ce qui suivit eu des conséquences d’une importance capitale pour la vie économique et sociale ainsi que pour les arts du Plateau, aux premiers siècles du 1er millénaire avant J-C.

Il s’y produisit quelque chose de semblable à ce que connut l’Italie quand la culture paysanne de « Villanova » se trouva remplacée par celle des villes après l’arrivée des Etrusques. Progressivement se produisit en Iran, la transformation des villages préhistoriques dont l’art cultivé ne dépassait pas, ou à peine, la poterie peinte, en bourgs ou villes fortifiés, et le passage de la vie agricole et paysanne en « oikos » sous l’autorité d’un chef ou d’un prince.

Sur des terrasses artificielles entourées de villes basses, s’élevèrent les maisons de ceux-ci ; c’est l’époque où l’on commence à utiliser de plus en plus largement le fer, ce qui stimule un puissant effort des ateliers des métallurgistes ; enfin, le cheval, certes connu auparavant mais jamais en nombre si élevé, du fait de son élevage par ces peuples, nomades hier encore, fournit à ceux-ci une force nouvelle qui leur permet une rapide et profonde domination sur les autochtones conquis.

A cette époque aussi commence la réalisation de grands travaux d’irrigation. Ecbatane, la moderne Hamadan, la capitale des Mèdes, a été fondée à la fin du 8ème siècle avant J-C. C’est également au cours du second quart du 1er millénaire avant notre ère que naissent, d’après les savants soviétiques, les trois grands centres culturels des Iraniens de l’Asie Centrale : Samarcande, Merv et Balkh. On admet aussi que c’est depuis cette époque que date la composition des Gathas, où la partie la plus ancienne de l’AVESTA, le livre sacré des Iraniens.

Qu’apportent-ils, ces nomades qui deviennent les maîtres incontestables du Plateau, dans le domaine des arts ? Cavaliers-guerriers et chasseurs qui passaient leur vie dans l’ambiance des animaux, ceux qu’ils élevaient et ceux qu’ils chassaient, c’est l’image de l’animal qu’ils prisent avant tout dans les arts qu’ils cultivent. L’art animalier, tel que nous le connaissons depuis le début des arts proprement dits iraniens, tel il resta aux époques postérieures : tantôt on façonne un vase en terre en lui donnant la forme d’un oiseau ou d’un cheval ; tantôt on le décore d’une tête ou d’une protome d’animal ; celui-ci grimpe sur une hache en bronze, orne une épée, couvre avec son corps des éléments de harnachement. La « jonction zoomorphe », ou ornement d’un animal par une partie d’un autre animal, qui constitue une particularité des arts des nomades des steppes eurasiques, telle qu’on la connaît chez les Scythes de la Russie du sud ou chez leurs parents des vallées de la Sibérie du sud, fleurit à l’époque protohistorique dans l’art mède et restera sensible dans les manifestations artistiques postérieures de l’Iran.

Très importants pour la naissante civilisation des nouveaux venus étaient leurs contacts avec les pays de l’Orient ancien, à cultures plus élevées que celle des habitants pré-iraniens du Plateau. Il se trouva que les Iraniens devinrent les voisins immédiats de l’Elam, de la Babylonie, de l’Assyrie et de l’Urartu, puissances avec lesquelles ils étaient probablement entrés en rapports très suivis, en particulier avec la dernière d’entre elles, dont ils durent même subir la souveraineté à leurs débuts.

Rappelons aussi que c’est au 8ème siècle avant notre ère que les Grecs commencèrent à fonder leurs colonies sur les bords sud et sud-est de la mer Noire- région proche de la Transcaucasie vers laquelle l’Urartu réussit à étendre sa domination- et peut-être encore plus tôt, leurs comptoirs sur les cotes de la Méditerranée orientale. Ces deux facteurs nous échappaient jusqu’au jour où les témoins des échanges entre l’Iran proto-historique et les Grecs du 7ème et 8ème siècle avant notre ère, furent mise au jour sur les îles de ceux-ci. Toutefois, tout attirés qu’ils fussent par le monde occidental, les Iraniens ne rompirent jamais leurs rapports, et on peut dire leurs liens, avec le monde mouvant des steppes eurasiatiques, les régions d’où ils venaient  et où restaient encore les peuples auxquels ils étaient apparentés, porteurs des cultures qu’ils possédaient naguère eux-mêmes.

Cinq salles de notre Exposition sont consacrées à cette période proto-historique de l’art iranien qui couvre une large période des quatre premiers siècles du 1er millénaire avant J-C. Ce n’est pas seulement la richesse des collections acquises qui justifie l’importance de leur présentation mais aussi, et surtout le fait que nous sommes sensés reconnaître dans les réalisations de cette époque les bases des arts postérieurs que nous connaîtrons sous les dynasties historiques. Car, c’est du rhyton proto-mède  que dérivera le rhyton en or achéménide, exposé dans la salle où l’on peut admirer les arts du premier empire mondial : c’est l’épée d’Amlach ou du Luristan qui annonce l’épée en or du Roi des Rois (exposée dans la même salle), et c’est un bronze du Luristan avec deux protomés d’animaux qui a donné naissance à l’idée si largement mise en œuvre par les architectes achéménides quand ils ont conçu les chapiteaux des palais sous forme de doubles  protomés de taureaux, de lions ou de griffons.

Les cadres historiques contribuèrent à la longue à la formation du premier Etat iranien. Tout comme les tribus israélites, sous la pression des Philistins, choisirent SAÜL et la royauté, les Mèdes, à la suite des occupations de leur pays par les Assyriens, ou de la pression exercée par l’Urartu, choisirent la même voie en confiant leurs destinées à Deiocès et à sa descendance. A la fin du 8ème siècle avant notre ère, les Mèdes forment un royaume ( c. 712-550 ) auquel succédera celui des perses qui sera fondé par Cyrus le Grand.

Deux tribus politiques se présentent devant Cyrus, ce remarquable conducteur d’hommes, ce stratège au talent puissant. A l’Occident, c’était la possession de la côte méditerranéenne, de cette Asie Mineure où, a coté de la riche Lydie, les Grecs tenaient les bases maritimes.

Du coté de l’Orient, c’était la nécessité d’assurer la sécurité. Par la création d’un grand Etat policé qui absorba une partie des vieilles cultures, les frontières du monde civilisé se trouvèrent reculées loin vers l’Est, aux confins de l’Oxus ( Amou-Daria ) et de l’Yaxarte (Syr-Daria), là où continuaient à se mouvoir les peuples et les tribus de « l’Iran extérieur ». Cyrus consacra sa vie à la poursuite de ces deux buts et la sacrifia au second.

Peu de rois laissèrent le souvenir d’une élévation semblable à celle qui auréola Cyrus. Grand capitaine, conducteur d’hommes, il fut favorisé par le sort qui le combla. Généreux et bienveillant, il ne songea jamais à couler dans le même moule les pays conquis et eut la sagesse de ne pas changer les rouages de chaque royaume qu’il rattachait à sa couronne. Partout il se présentait en successeur des rois nationaux. Alexandre ne fut pas le premier à adopter une politique semblable ; il n’eut qu’à suivre l’exemple de Cyrus pour être acclamé par ses nouveaux sujets. Ce souffle nouveau passa sur le monde, chassant les cris des victimes égorgées, éteignant les incendies des villes anéanties et libérant les nations réduites en esclavage.

Les Perses le nommaient  « Père » ; les Hellènes voyaient en lui un « maître » et un « législateur », et les Juifs, un « Oint ».

 

 

 

 

 

 

PERSE

CONFIGURATION PHYSIQUE DE L’IRAN

 

 

Le Plateau iranien est un triangle pris entre deux dépressions, le Golfe Persique au Sud et la mer Caspienne au Nord. Comme un pont jeté entre l’Asie centrale et l’Asie antérieure, il forme un promontoire qui relie les steppes de l’Asie intérieure aux plateaux de l’Asie Mineure et, au-delà de celle-ci, à l’Europe. Cette situation explique le rôle historique que fut appelé à jouer le Plateau au cours des millénaires de l’histoire de l’humanité.

Ce triangle est délimité par des montagnes qui s’élèvent autour d’une dépression centrale, désertique aujourd’hui, et qui est le fond d’une mer desséchée. Les montagnes de l’Ouest ou le Zagros étirent du Nord-Ouest au Sud-Est, sur plus de 1000 km de longueur et 200 de largeur, une chaîne haute de 1000 à 1700 mètres, à multiples plis parallèles qui cachent des vallées longues de 50 à 100 kilomètres et larges de 10 à 20. Au-dessous des pâturages des parties hautes de ces montagnes, s’étendent le reste de forêt, jadis touffues, de chênes, de noyers, de chênes verts, d’amandiers sauvages et de pistachiers. Encore plus bas, dans les hautes vallées, poussent la vigne, le figuier et le grenadier ; la culture y est très développée : blé, orge, pavot, coton, tabac.

La chaleur de l’été des vallées basses oblige l’homme s’occupant de l’élevage des chèvres, des moutons et des chevaux à remonter vers les hauts alpages. Aussi une forte partie de la population mène-t-elle une vie nomade qui lui est imposée par la nature et le climat.

Dans la partie centrale du Zagros, se détache une saillie qui se dirige vers l’Ouest dans la plaine mésopotamienne et qui provoque la courbe du Tigre qui, dans cette partie de son cours, se rapproche de l’Euphrate. Cette saillie en forme de couperet, est comme une menace suspendue par la montagne au-dessus de la plaine. Et, de fait, c’est de là que partit, au second millénaire avant J-C., l’invasion des Kassites qui habitaient l’actuel Luristan et qui dominèrent la Babylonie pendant plus de cinq siècles.

La partie septentrionale du triangle est marquée par la chaîne de l’Elbourz, avec son pic de Démavend dépassant 5600 mètres, et qui borde le Sud de la Mer Caspienne en épousant sa courbe. C’est une haute et étroite barrière qui sépare la bande côtière, avec sa végétation luxuriante, des régions désertiques du centre. A son extrémité, l’Elbourz atteint l’Azerbaïdjan iranien dont le centre est occupé par le lac d’Urmia, région dont la population est la plus dense de l’Iran et dans les riches vallées de laquelle on cultive le blé, le millet, le coton, le riz, le tabac, le ricin, les melons. Surnommé « isthme médique », l’Azerbaïdjan, par les routes du Nord-Ouest, du Nord et du Nord-Est qui y mènent, est un pays de pénétration des plus faciles à atteindre. Cette province, une des deux « blessures » de l’armature montagneuse de l’Iran, a vu venir, au cours de l’histoire, et s’installer dans les vallées étagées autour du lac, les Mèdes et les Perses, les Kurdes, les Mongols, les Turco-Tatars. Là, naquirent les dynasties mède et perse. Là aussi, devant cette porte d’entrée de l’Iran, et pendant des siècles, l’empire perse monta la garde, barrant la route aux multiples invasions qui déferlèrent, à travers le Caucase, des steppes de la Russie du Sud, en y élevant des travaux de fortifications qui restent encore debout. Un mélange de races, un climat dur mais sain, un sol fertile, ont élaboré un type racial travailleur et énergique qui contribua grandement au développement et à la prospérité de cette vieille province iranienne.

A l’Est, la chaîne de l’Elbourz forme les montagnes de Khorassan, pas très élevées et d’un passage facile, avec des vallées d’une grande fertilité où croisent le blé, l’orge, le riz, le coton, la vigne, le pavot. Ce grenier de l’Iran, par sa configuration géographique, constitue la seconde « porte » de pénétration sur le plateau. Par-là, se déversèrent des vagues d’envahisseurs venant des plaines eurasiques qui couvrent des milliers de kilomètres au Nord, à l’Ouest et à l’Est. Tout comme l’Azerbaïdjan, le khorassan est un « carrefour » de peuples et il connut les razzias des Turcomans jusqu’à la fin du 19ème siècle. La vallée de l’Atrek et la plaine de Gorgan, entre la mer Caspienne et la montagne, sont des oasis naturelles de migration vers l’Iran où des rois sassanides élevèrent, pour se défendre, un mur de briques long de plusieurs kilomètres, dont subsistent encore des vestiges. Dans cette région de l’Iran du Nord-Est naquirent plusieurs dynasties : celles des Arsacides, des Safavides, des Kadjars.

Enfin, aux montagnes de bordure appartient la chaîne du Sud, appelée la chaîne du Makran, qui est une rangée d’arêtes percée de deux passages, l’un vers Bender-Abbas, port jadis très prospère sur le Golfe d’Oman, l’autre vers l’Est, le Béloutchistan et Quetta.

Dans la partie centrale du Plateau que traversent deux chaînes intérieures, s’étend une grande dépression désertique, la plus sèche du monde, qui se divise en Dacht-é Kevir au Nord et Dacht-é Lut au Sud. La première partie est une suite de cuvettes de boue et de sel où rien ne pousse ni ne vit. Par endroits, autour de ces creux, là où le sol a une moindre teneur en sel, la vie est possible et on peut y rencontrer de véritables oasis. Le Lut, par contre, est un bassin entièrement desséché, et les rares explorateurs qui eurent le courage de parcourir ce désert inhospitalier, affirment que les grands déserts de l’Asie Centrale, tels que celui de Gobi, paraissent être des régions fertiles à coté.

Ainsi, la vie sur le Plateau ne pouvait se développer que dans les vallées des grandes chaînes qui en forment le pourtour, ou dans les oasis. Mais elle a aussi marqué un grand essor dans les grandes plaines extérieures  et intérieures, parmi lesquelles il faut, en premier lieu, mentionner la plaine du Sud-Ouest ou le Khuzistan, l’ancienne Susiane, qui, géographiquement, n’est que le prolongement de la plaine mésopotamienne. S’enfonçant dans la chaîne du Zagros, elle est comme un contrepoids du saillant montagneux du Luristan, ou Poutch-é Kuh. Pays d’une très vieille civilisation urbaine et sédentaire, la Susiane influença, au cours des siècles, la population des montagnards nomades et semi-nomades habitant sa périphérie. Quand les frontières politiques de l’empire iranien s’étendaient loin à l’Ouest du Zagros, c’est dans cette plaine que s’élevait sa grande capitale, Suse, centre administratif aux communications faciles avec la Mésopotamie et l’Asie Mineure.

Une autre plaine extérieure s’adosse aux montagnes qui bordent la mer Caspienne. La haute barrière de celles-ci arrête les nuages qui arrosent abondamment cette étroite bande de terre, d’une fertilité extraordinaire. C’est l’Iran couvert de forêts, de marécages et de jungles, et où poussent le riz, le coton, le thé, le tabac, la canne à sucre, des orangers, citronniers, figuiers et grenadiers, et nourrit environ un tiers de la population de l’Empire.

Les plaines extérieures jouèrent, toutefois, un rôle secondaire dans le développement de la civilisation iranienne dont les centres se trouvaient, dés la plus haute antiquité, dispersés parmi les oasis des chaînes qui entourent le Plateau, et où restent accrochés les nuages. Ainsi tout ce qui s’étend à l’intérieur du pays est en principe désertique, à moins qu’une irrigation artificielle en vienne animer la terre d’alluvion, généralement très féconde. Malgré un climat très froid en hiver, et très chaud en été, partout où l’homme peut lui donner de l’eau, la terre rapporte abondamment. De tout temps sur le Plateau al question de l’irrigation a été vitale : dés la période préhistorique, le pays était irrigué artificiellement, et, à l’époque achéménide, un long réseau de canaux souterrain ( Ghanat ou kariz ) existait déjà. Même de nos jours, dans certaines régions, l’eau captée au pied des montagnes, à plusieurs dizaines de mètres de profondeur, est amenée dans les centres à une distance de 30 à 40 kilomètres. Des milliers d’hommes travaillent tous les ans au curage et au creusement d’anciens et de nouveau canaux. Grâce à cette eau, grâce aussi au pluies que favorisent le Zagros et l’Elbourz, leur bordure intérieure est un immense chapelet de culture et de villes oasis. Toutes les capitales de l’Iran, et ceci depuis le premier royaume qui s’était formé en Médie, s’échelonnent, face au désert, le long des deux principales routes qui suivent les rebords intérieurs des deux grandes chaînes. De l’Ouest à l’Est, sur la route stratégique et commerciale qui suit l’Elbourz, se trouvent Ecbatane, Hamadan, Kazvin, Théran-Rey, Hécatompylos ( Damdhan ), Hérat. Sur la route du Sud, on connaît Ispahan, Pasargade, Istahr, Persépolis, Chiraz. Et ce fait, valable pour la période historique de l’Iran, et qui est une conséquence logique de la disposition géographique de ce pays, l’est également pour la plus haute antiquité, car les recherches archéologiques viennent de prouver que l’homme de l’âge de la pierre, à peine descendu de la montagne et installé dans la plaine, s’était fié sur le même tracé qui dessine un arc de cercle autour du désert Salé, avec Kashan ( Sialk ), Qum, Rey, Damghan, les seuls points identifiés  jusqu’à présent. La vie religieuse même du pays se trouva subordonnée à cette loi que la nature imposa à l’homme du Plateau, puisque les deux villes saintes de l’Iran sont situées, l’une sur la route, qui va de l’Ouest à l’Est ( Meshed ), et l’autre ( Qum ) sur la route du sud.

Pays agricole et éleveur par excellence, l’Iran possède un sous-sol riche et très varié. Déjà au 3ème millénaire avant J-C, ses carrières fournissaient le marbre et l’albâtre aux princes sumériens qui recherchaient aussi le bois de construction de ses forêts, dont les montagnes, aujourd’hui presque dénudées, étaient jadis couvertes. La cornaline, la turquoise, le lapis-lazuli, en étaient extraits dés la plus haute époque. Le fer, le cuivre, l’étain, le plomb, avaient attiré l’attention des conquérants assyriens. Les deux retombées du Zagros, de formation gypseuse, contiennent des nappes de pétrole, qui était déjà connu du temps d’Hérodote, et qu’on exploite depuis plus d’un demi-siècle. Ainsi l’Iran, d’aspect déshérité, possède d’immenses réserves dont la mise en valeur ne fait que commencer. Entouré de tous cotés de montagnes, le pas est en réalité, ouvert aussi bien du côté des plaines mésopotamienne et russe que de l’Inde et de la mer du Sud. Nœud des grandes voies de communication qui relient l’Est à l’Ouest, l’Iran fut traversé par la plus ancienne route commerciale, la route de la Soie, qui a été aussi celle des invasions. Car malgré la protection de ses montagnes et son aspect de citadelle, l’Iran, avec sa constitution physique trop désarticulée pour être homogène et pour pouvoir être défendu efficacement ne connut que trop de conquérants. En cela réside la cause de ses périodes de décadence, mais aussi de sa gloire, puisque, malgré tout, sa population, toute disséminée qu’elle fut sur des lanières de terre  cultivable et dans les oasis, sut créer une civilisation dont les idées et les mœurs influencèrent bien des peuples et dont l’évolution religieuse et artistique marqua de son empreinte plus d’une civilisation étrangère.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Homme de la grotte

Civilisation perse et

Europe sous les glaciers

 

 

De récentes recherches géologiques en Iran ont pu démontrer qu’à l’époque où la majeure partie de l’Europe se trouvait sous les glaciers, le Plateau passait par la période pluviale durant laquelle même les hautes vallées étaient couvertes d’eau. Sa partie centrale, aujourd’hui un grand désert salé, n’était qu’un immense lac ou une mer intérieure où s’écoulaient, venant des hautes cimes, de nombreux torrents. Les poissons et les coquillages fossilisés, provenant non seulement de ce désert mais souvent aussi des hautes vallées, illustrent largement l’aspect physique du pays tel qu’il fut plusieurs milliers d’années avant notre ère chrétienne.

A une époque, qu’on place environ entre quinze et dix mille ans avant notre ère, commença à se produire un lent changement de climat ; à l’époque pluviale succéda celle que l’on désigne sous le nom d’époque aride et qui se poursuit encore de nos jours. La diminution des chutes d’eau, d’une part, le niveau élevé des lacs et des mers intérieures, d’autre part, ralentirent le cours des torrents et des rivières qui amenaient l’eau des montagnes, du fait de la régularisation de leur débit, s’accumulèrent aux embouchures des dépôts d’alluvions, formant des terrasses qui émergèrent bientôt et constituèrent un stade de transition entre la future plaine ou vallée et la montagne proprement dite.

A cette époque, l’homme préhistorique habitait déjà le plateau iranien. Tapi dans un trou creusé dans le flanc boisé de la montagne et recouvert de branchages, ou occupant, le plus souvent, une des nombreuses grottes ou cavernes qui sont pour la plupart des lits souterrains d’anciennes rivières et nous venons, au printemps 1949, pour la première fois en Iran, d’identifier les traces humaines eu cours de notre exploration d’une grotte de Tang-i Pabda, dans les montagnes des Bakhtiari, au Nord-Est de Shushtar, l’homme menait une vie de chasseur cherchant la nourriture, et employait plus souvent la ruse que la force ; il connaissait l’usage du marteau de pierre, du coup de poing ainsi que de la hache qu’il ligotait dans un bâton fendu, tous outils rudimentaires, à peine dégrossis par les éclats. L’outillage en os, représenté par les alènes taillées dans les os les plus résistants des animaux, est beaucoup moins fréquent que les outils en pierre. Mais déjà l’homme employait une poterie grossière à peine cuite, qui à la fin de son habitat dans la grotte, était d’un noir foncé du fait d’une fumigation accentuée, de type céramique attesté également dans les plus anciennes installations de l’homme dans la plaine, et indice important permettant de rattacher l’une à l’autre les deux phases de l’habitat. On admet que dans cette société primitive, une tâche particulière fût dévolue à la femme : gardienne du feu, inventrice de la poterie qu’elle continue à fabriquer, c’est elle qui, armée d’un bâton, cherchait dans la montagne des racines comestibles ou faisait la cueillette des fruits sauvages. La connaissance des plantes, de leur poussée saisonnière, des graines qu’elles apportent, fruit d’une longue et tenace observation, l’amène à faire des essais de culture. Sur les terrasses d’alluvions, elle fait ses débuts d’agriculteur, et tandis que l’homme ne marque que peu de progrès par rapport au passé, la femme apporte beaucoup de nouveau par son exploitation primitive de la culture à l’époque néolithique à laquelle appartiennent les installations connues dans les grottes. Un déséquilibre dû se produire dans les rôles joués par l’homme et la femme, et c’est ce qui est peut-être à l’origine de la formation de certaines sociétés primitives à prédominance féminine, autrement dit des matriarcats ( ou, peut-être, de sociétés pratiquant la polyandrie ), ou la femme dirige les affaires de la tribu, est élevée à la prêtrise, et où la succession dans la famille se fait par la lignée féminine, la femme étant considérée comme transmettant dans son état le plus pur le sang de la tribu. Nous verrons que cette sorte de matriarcat fut une des pratiques particulières des habitants autochtones du Plateau et qu’elle passera plus tard dans les pratiques des Aryens conquérants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le premier sédentaire

de la plaine 

500 ans avant Jésus-Christ

 

 

L’assèchement progressif des vallées, dû à l’avancement de la période aride, provoqua de profonds changements dans les conditions de l’existence de l’homme. Le grand lac central diminuant d’étendue, ses bords, où le limon des torrents laissa un dépôt fertile, se couvrent d’une riche végétation de pâturages et de savanes. Les animaux qui habitaient la montagne descendent vers ces prairies nouvellement formées, et l’homme, qui vit de leur chasse, les y suit.

Abandonnant enfin les pentes des montagnes et les terrasses, il s’installe sans la plaine. A partir de cette époque, que l’on peut placer approximativement au 5ème millénaire avant l’ère chrétienne, nous pouvons suivre presque sans solution de continuité l évolution de la culture de l’homme du Plateau iranien. Certes, celle-ci fut influencée différemment suivant les régions, la configuration du terrain, le climat, les contacts avec les voisins, les invasions et les migrations, mais les différences qui en résultèrent ne peuvent être prises en considération  et nous échappent même encore souvent, des régions entières de l’Iran restant vierges de recherches archéologiques jusqu’à nos jours.

C’est à Sialk, près de Kashan, au sud de Téhéran, que nous avons identifié la plus ancienne installation de l’homme dans la plaine. A la base de la colline artificielle, juste au-dessus du sol vierge, se trouvaient les vestiges de son premier habitat : il ne savait pas encore construire de maison et s’abritait sous des huttes en branchages ; mais, bientôt après, s’élèveront sur ces restes de modestes masures en pisé. Tout en restant chasseur, l’homme étend son activité d’agriculteur, et à ces deux occupations s’en ajoute une troisième : l’élevage ; car, dans les installations de cette Période 1, furent recueillis des os de bœuf et de mouton qui étaient déjà domestiqués. La poterie, faite à la main, sans tur, noir fumigé, que nous connaissons chez l’homme de la caverne, s’enrichit d’une céramique rouge sur la surface de laquelle les accidents de la cuisson, faite dans un four très primitif, laissent des plaques noires. Mais premier progrès dans l’art du potier, ici apparaît la peinture. Les vases décorés ne sont que de grosses écuelles instables, et leurs supports en forme de coquetiers sont couverts d’un enduit blanc sur lequel sont tracées des lignes horizontales et verticales. Mieux étudié, ce décor dévoile qu’il est une imitation de la vannerie - l’homme qui, il y a peu de temps, se servait de paniers enduits de terre séchée au soleil en guise de récipients, reproduit avec de la peinture le mouvement des brindilles. Un nombre important de fusaïoles, en terre cuite ou en pierre, indique qu’il connaissait les rudiments de l’industrie textile. L’outillage est entièrement en pierre : lames de couteau en silex, dents de scie, haches polies, grattoirs. Toutefois, vers la fin de cette période, apparaîtront les premiers petits objets en cuivre, toujours martelés. Apprenant à connaître le premier métal qu’il utilise, l’homme sait qu’il est malléable mais ignore encore l’art de le fondre. La civilisation de cette époque est à l’extrême fin du néolithique.   

L’homme et la femme aimaient se parer ; ils enfilaient des coquillages en colliers, et taillaient, dans de grandes coquilles ou de la pierre tendre, des bagues et des bracelets ; le tatouage devait exister ou, du moins, le fard qu’on écrasait ç l’aide de petits pillons dans de minuscules mortiers  ( fig.5 ).

Le goût pour l’art se manifeste surtout dans la sculpture sur os. Avant d’avoir peint un homme ou une bête sur un vase, l’artiste néolithique sculpte l’os et orne les manches de ses outils d’une tête de gazelle ou de lièvre. La plus belle pièce que nous ayons trouvée est certainement celle qui représente l’homme de cette époque, la tête couverte d’une calotte, un pagne autour des reins maintenus par une ceinture. On peut considérer ce manche de couteau comme une des plus anciennes figurines de l’homme de l’Asie antérieure.

Les morts étaient enterrés recroquevillé sous le sol des chambres ; cette proximité dispensait les vivants des offrandes, l’esprit du mort participant aux repas de la famille. Toutefois, l’idée que le mort continue de vivre dans l’au-delà comme sur terre existe déjà puisque, près du squelette d’une tombe, on avait déposé une hache en pierre polie à portée de la main, et près de la tête deux mâchoires de mouton. La nourriture solide, et aussi, probablement, liquide, accompagnait le mort dans sa tombe, et si les récipients ont disparu, on peut croire qu’ils étaient faits de matières périssables, comme les calebasses ou les paniers. Les ossements sont teintés de rouge, résultat d’une pratique connue ailleurs et qui consistait, soit à couvrir d’une couche de peinture de cette couleur le corps du vivant, soit plutôt à répandre de la poudre d’oxyde de fer sur le défunt lors de son inhumation.

La domestication du premier animal, à laquelle l’homme arrive peut-être par la nécessité d’avoir sous la main  des bêtes à sacrifier, est d’une importance capitale dans l’avancement de la culture humaine. Sans exiger de nourriture, l’animal nourrit et habille l’homme et constitue une force utilisable pour le travail et le transport. La garde d’un troupeau exige une famille nombreuse, femmes, enfants, voire esclaves.

Ainsi dés cette époque, les secteurs de base de l’économie humaine se trouvent constitués : après la chasse et la pêche, le jardinage et les champs, suivent l’élevage et l’exploitation du sous-sol. L’homme sort de l’état où il n’était astreint qu’à chercher la nourriture de la journée : il produit et- première étape vers le commerce- il créé le superflu qu’il peut échanger. De fait, le commerce existe déjà. Les coquilles et coquillages servant d’ornements aux habitants de Sialk de cette Période 1, examinés par des spécialistes, ont été reconnus comme appartenant à des espèces provenant exclusivement du golfe Persique, distant de près d’un millier de kilomètres. Certes, ce n’est pas par contact direct que les échanges eurent lieu : le commerce se faisait surtout par les colporteurs.

Déjà, à cette époque, l’homme d’un village préhistorique n’y vivait pas comme en vase clos, et le début de son commerce ne constitua nullement le privilège de l’habitant du Plateau, puisque son contemporain d’Allemagne recevait lui aussi les coquilles de l’Océan Indien et celui de France ou d’Angleterre, l’ambre de la mer Baltique.

On veut croire que la fin du néolithique correspond, dans la tradition judéo-chrétienne à l’expulsion de l’homme du paradis et à son passage à l’état de paysan laboureur, ce qui, somme toute, était une des plus grandes révolutions de la société humaine et dont les conséquences se poursuivent encore de nos jours.

 

 

 

 

 

Civilisation préhistorique de l’Iran

au 4ème millénaire avant J.-C.

 

 

L’étape dans le développement de la civilisation préhistorique de l’Iran, que nos allons désigner par Période 2, n’est qu’une phase plus avancée de celle qu’on vient de voir. Ses restes s’accumulent au-dessus de ceux qui correspondaient à l’installation de l’homme dans la plaine. Aucune guerre, aucun bouleversement violent ne semble avoir troublé ce village préhistorique qu’aucune influence du dehors n’a marqué. L’homme, toujours à la recherche du perfectionnement de son outillage, ne désigne pas non plus l’embellissement et l’amélioration de sa demeure.

C »est ainsi que les maisons deviennent plus grandes et les crapaudines indiquent l’utilisation de portes. Le pisé cède la place à la brique crue qui vient d’être inventée. A cette époque, la brique n’est qu’une motte de terre plus ou moins façonnée entre les paumes des mains et séchée au soleil, et sur laquelle des creux marqués avec les pouces donnent plus d’adhérence au mortier de jointement ( fig. 6 ). Elle avait l’avantage sur le pisé de donner plus de régularité au mur et d’empêcher la fissuration. L’embellissement de l’intérieur fait appel à la peinture rouge dont on enduit les murs des chambres, et qui est un mélange d’oxyde de fer, si courant sur le Plateau, et de jus de fruit ; ce fait illustre le goût de la variété dans les recherches de l’homme et sa capacité d’invention. Sous le sol battu, où, de place en place, un endroit évidé marquait l’emplacement des coupes ou des écuelles, à quelque 15 ou 20 centimètres de profondeur, les morts, couchés  « en chien de fusil », restaient prés du foyer familial.

L’affinement du goût qui se manifeste dans l’arrangement de la demeure ressort également de la nouvelle céramique. A coté des produits qui existaient précédemment, apparaît une autre poterie, de formes plus réduites, mais d’une exécution plus soignée et mieux cuite, attestant l’invention de la tournette, simple plateau de bois posé à terre et manœuvré par un aide, et le perfectionnement du four. Le grand attrait de cette céramique, sa nouveauté, réside dans son décor qui reproduit en noir sur fond rouge foncé, des suites d’animaux : oiseaux, sangliers, bouquetins bondissants. Par de simples traits, le potier image des animaux pleins d’allant, d’un réalisme vigoureux, et, presque simultanément, il glisse vers une simplification de son motif naturaliste, vers une stylisation dans laquelle il est souvent malaisé de retrouver le sujet primitif ( fig. 7 ). Dés cette époque, l’Iran préhistorique révèle un art aussi frais dans la céramique que dans ses produits de l’os sculpté de ses débuts. Nulle part ailleurs, on ne connaît une maîtrise pareille, ce qui amène à penser que le Plateau fut le foyer créateur de la poterie peinte. Aucune céramique n’a fourni encore, à une époque si reculée, la preuve d’un réalisme aussi vigoureux et qui s’est mué si rapidement en un style abstrait. Ce pas ne fut franchi pour la première fois, vers 4000 avant J.-C., que par le potier préhistorique de l’Iran.

Le métal ne pénètre que lentement dans l’outillage des humais où la pierre maintient une place prédominante ; on ne le fond pas encore mais on le martèle, et il prend la forme de petits perçoirs ou de poinçons. Jamais, semble-t-il, il n’est sculpté comme on l’a observé chez certains habitants préhistoriques d’Egypte. Les bijoux augmentent en nombre et s’enrichissent de nouvelles matières telles que la cornaline et la turquoise dont les couleurs vives sont d’un plus grand attrait. Aux ossements des animaux domestiqués précédemment, s’ajoutent ceux du chien

 Du type lévrier, et du cheval du type Przjévalsky : petite bête trapue et résistante, à crinière touffue et raide, qu’on considère comme étant une étape intermédiaire entre l’onagre et notre cheval ( fig. 8 ), et qui résout la question du transport et des déplacements tout en facilitant le travail des champs.

Le village s’agrandit rapidement. Avec l’extension de son activité, dans l’agriculture, l’homme, qui connaît déjà la charrue, adopte de plu en plus volontiers le travail en commun et profite de l’aide de son voisin, aussi bien pour la construction de la maison que pour le travail de défrichement ou d’irrigation. La femme jardine, s’occupe de la nourriture, continue encore à produire des vases, mais cette industrie passe à cette époque dans les mains de l’artisan qui se sert encore de la tournette, et on explique généralement le retard dans l’invention du tour par le fait que très longtemps ce fut la femme qui façonnait les vases à la main ; à la maison.

L’aire sur laquelle évolue le commerce s’élargit. L’échange prend de l’essor. Tout peut servir de monnaie d’échange dans ce commerce primitif : fourrure, tête de flèche, hache en pierre mais surtout l’alimentation : blé, orge, fruits, et aussi le bétail dont le grand avantage est de pouvoir faire fructifier « le capital ».

On admet qu’à cette époque, où l’homme en est à ses débuts dans l’emploi du métal et remplace très timidement quelques petits outils en os, l’activité commerciale par tapes gratifia l’humanité d’un magnifique essor dans le domaine de l’échange des plantes et des arbres. L’orge et le blé, originaires de l’Iran où ils se trouvent à l’état sauvage, et qui étaient déjà cultivés, probablement, sur les terrasses, sont transportés aussi bien en Egypte qu’en Europe ; le millet, provenant de l’Inde, est attesté en Italie ; en contrepartie, l’avoine et le pavot de l’Europe se répandent en Asie et atteignent la lointaine Chine. Les horizons de l’homme s’élargissent pour le grand bien de la naissante communauté, au début du 4ème millénaire avant J.-C., au moment où il passe insensiblement vers l’âge de la plus grande utilisation du métal.

La phase suivante dans l’évolution de la civilisation préhistorique de l’Iran est représentée par la période 3 de Sialk, et compte un nombre élevé de stratifications superposées, qui illustrent sa longévité : elle embrasse la majeure partie du 4ème millénaire avant l’ère chrétienne. Dans l’architecture, un nouveau matériau entre en scène : la brique ovale est abandonnée en faveur d’une brique rectangulaire et plate, obtenue au moule, et qu’on utilise encore de nos jours. Les quartiers du village, traversés par d’étroites ruelles sinueuses, délimitent les propriétés. Les murs extérieurs des maisons, pour faire jouer la lumière et l’ombre, s’ornent de saillants et de rentrants ; leurs fondations se montent parfois en pierres sèches. La porte reste la même, basse et étroite, ne dépassant guère 80 à 90 centimètres de haut ; la fenêtre reste est connue, elle donne généralement à la ruelle. Pour protéger la maison contre l’humidité, de gros tessons de poterie sont encastrés dans les murs. La décoration intérieure continue à être de couleur rouge, mais la peinture blanche fait aussi son apparition. Les morts, toujours enfouis sous le sol des chambres, les membres ramenés vers l’abdomen et les os portant des traces de peinture ocre, sont accompagnés d’un mobilier funéraire de plu en plus nombreux.

Un progrès décisif, dont l’homme moderne profite encore, est réalisé dans l’industrie du potier et : le tour est inventé ainsi que le four à sole. Fort de son outillage perfectionné, le potier de cette époque offre à sa clientèle une grande variété de formes de vases qu’il orne de riches dessins jamais connus auparavant. De grands gobelets voisinent avec d’élégants calices, des jarres à provisions que le potier sait régler selon son désir, varient entre le gris, le rose, le rouge et le vert, et la peinture qui en décore les parois dépasse en richesse et en variété les formes ou les couleurs des vases. Au début, c’est au réalisme que l’artiste marque sa préférence : le serpent, la panthère, le mouflon, l’ibex, l’échassier, l’autruche, disposés en file indienne ou en métopes, savamment dessinés, expriment le naturalisme qui, toutefois, diffère profondément de celui qu’on connaissait auparavant. Le corps de l’animal n’est plus exprimé par un simple trait : le volume est observé et la reproduction du modèle est de proportions équilibrées ( fig.9 ). Puis la stylisation réapparaît, la queue de l’animal s’allonge, les cornes deviennent démesurées de même que le cou des échassiers ( fig.10 ) ; bientôt on ne verra que la corne décrivant un cercle, posé sur un corps minuscule ( fig.11 ) ou un corps de panthère en triangle ( fig.12 ). L’art, revenant aux formules du passé, suit néanmoins une voie différente, il est moins spontané, plus ordonné et réfléchi. Plus tard, répondant à la nécessité toujours vivante de changement, on voit de nouveau s’imposer le réalisme, qui est plutôt un néo-naturalisme débordant de vie et de mouvement. Les scènes de chasse alternent avec des paysages où évoluent des bêtes en lutte ; on y rencontre tantôt un chasseur bandant son arc, un paysan menant son bœuf par un anneau passé dans les naseaux, tantôt une théorie de danseuses exécutant une danse sacrée ( fig.13 ). Pendant plus du millénaire que durèrent les trois premières phases de la vie de l’homme préhistorique installé dans la plaine, jamais l’artiste ne sera confiné dans la formule acquise, mais, profondément attaché à ce décors, il le change sans cesse. Puisant dans ses propres ressources, plein de dynamisme, cet art se renouvelle et se transforme, sa force et sa continuité lui permettent de rayonner loin au-delà des limites naturelles du Plateau.

Cette peinture est celle de l’image plus ou moins réelle de la vie qu’observe l’artiste autour de lui et qu’il reproduit sur le vase, ou cache-t-elle déjà le désir d’exprimer, par ces signes et ces symboles variés et très nombreux, une pensée ? bref, est-elle déjà l’écriture, comme on est parfois enclin à l’interpréter ? Nous ne chercherons pas à résoudre ce dilemme. Nous soulignerons, toutefois, que cette période florissante de la céramique peinte du Plateau correspond, vers sa fin, à un moment où, dans la plaine voisine de Mésopotamie, l’homme réalisera une de ses plus merveilleuses découvertes, l’écriture. Faut-il croire que l’inventeur de celle-ci a pu être inspiré par l’art imagé de l’artiste du Plateau qui mettait devant ses yeux des images et des symboles tout faits ? Quoi qu’il en soit, reconnaissons que cet art fut une étape préparatoire à l’écriture pictographique.

Le potier se double d’un coroplaste, il façonne des figurines de toutes sortes d’animaux, jouets d’enfants peut-être, ou offrandes à une divinité chargée de protéger les troupeaux dont on lui exposait l’image. Nombreuses apparaissent des figurines de la déesse-mère, divinité de la procréation, de la fertilité et de la richesse. Elles sont trouvées, le plus souvent, décapitées, mutilation volontaire qui devait empêcher quiconque de s’en servir après la mort de son possesseur.

L’industrie du métal progresse : le cuivre est fondu et coulé, la variété des objets et leur nombre tranchent sur la phase précédente. Mais l’outillage en pierre reste largement en usage et ne sera remplacé que graduellement par la hache plate ou le celt de cuivre, la houe coulée et munie d’un trou d’emmanchement. On trouve dans les maisons de cette époque des couteaux et des poignards en métal. L’artisan commence la fabrication d’articles de toilette tels que les miroirs, simples disques à bordure légèrement relevée, ou de grandes épingles à tête hémisphérique. Les bijoux deviennent plus variés et leur matière plus riche : à coté des coquilles, cornalines, et turquoises, apparaissent les perles et les pendentifs en cristal de roche, le lapis-lazuli apporté du Pamir et le jade de provenance encore plus lointaine.

L’extension du commerce exige la nécessité d’assurer intacte la livraison des marchandises ou d’affirmer l’authenticité du contenu d’une jarre ou d’un ballot. Bref, pour marquer la propriété, on a recours au cachet qu’on imprime sur une motte d’argile qui scelle le goulot d’une jarre ou s’attache à une corde. La forme du premier cachet reste longtemps la même, rappelant un bouton bombé en pierre muni d’une bélière. La géométrie, qui est prépondérante au début de cet art du graveur d’intailles ( fig.14 ), se double bientôt de sujets représentant des personnages, des animaux, des plantes ou des symboles, dont l’inspiration venait sans doute du décor peint sur les vases, et qui, comme ce décor même, ne sont peut-être pas exempts du sens de l’écriture.

Toutes les branches de l’activité humaine marquent un progrès notable au cours de cette phase de la civilisation du Plateau où l’économie domestique s’épanouit au seuil d’une époque où les sociétés primitives voisines organisaient déjà l’économie urbaine avec la naissance d’agglomérations et de grands centres. S’il en fut ainsi dans la riche plaine de Mésopotamie, il n’en était rien encore en Iran. L’aspect physique du Plateau, dur et sévère, la nature du terrain, la dispersion des oasis et la population clairsemée et peu nombreuse, retardèrent cette évolution en maintenant pendant des siècles encore la société préhistorique dans le stade d’une économie domestique évoluée. La seule exception pour l’Iran sera la région du Sud-Ouest, cette plaine de la Suisiane, prolongement naturel de la Mésopotamie, qui jouira des mêmes faveurs que celle-ci. Là dés le début du 3ème millénaire, se concentrera la vie urbaine et se constituera le premier Etat policé que fut l’Elam.

 

 

 

 

 

Mitra et Mitracisme

 

 

Un très ancien mode de pensée humaine, MITRA, est défini comme l’initiateur de l’ensemble des modes de pensée humaine, qu’ils soient philosophiques, religieux ou idéologiques.

Le dieu de Mitra était le soleil ( MEHR). Ce dieu n’était ni un créateur du mal ou du bien, ni un père dictateur régnant sur l’espèce humaine.

Mehr était considérée comme la source d’énergie pour la terre entière.

On vénérait Mehr, ni par peur ni pour être gratifié d’une place au paradis, mais pour remercier Mehr de l’énergie qu’elle transmettait chaque instant à la terre.

Le dieu de Mitra n’avait pas besoin d’approuver ou de contester l’attitude des hommes. Elle donnait juste l’énergie positive qui menait l’homme vers le bien, celui-ci maître de lui-même et de la terre.

La pensée de Mitra nécessitant de plus amples développements, nous vous présentons l’analyse  qu’en a fait Monsieur Robert Turcuan dans son dernier livre  « MITHRA ET MITHRACISME » :

 

Introduction :

 

« « « La première édition de ce livre, MITHRA ET MITHRACISME est parue en 1981 dans la collection  « Que sais-je », et l’idée de consacrer un volume de cette série à Mithra pouvait surprendre : pourquoi pas à Mercure ou à Venus ?

En fait, il ne s’agit pas seulement d’un dieu parmi d’autres, mais aussi du mithracisme, c’est-à-dire d’une théologie et d’une idéologie qui ont nourri un courant religieux assez puissant et attractif pour s’imposer durant plus de deux siècles à différents milieux de la société romaine, des bords de l’Euphrate à la Bretagne insulaire.

Mithra a une très longue histoire, qui dure encore chez les zoroastriens de l’Inde et de l’Iran. Mais c’est le dieu hellénisé et romanisé qui retiendra surtout notre attention. Il n’a pu conquérir l’Occident qu’en s’intégrant à un système de croyances et moyennant une organisation liturgique qui répondaient à certaines exigences des hommes dans le contexte historique du monde européen et méditerranéen des trois premiers siècles de notre ère. « Si le christianisme eût été arrêté dans sa croissance par quelque maladie mortelle, le monde eût été mithriaste », écrivait E. Renan. Affirmation exagérée, mais à laquelle l’abondance relative des sites culturels et des trouvailles mithriaques donne une apparence de vérité.

Les études concernant ce culte se sont multipliées dans le courant des vingt dernières années ; il a même été le thème de congrès internationaux. Le présent volume ne prétend pas résoudre les nombreux problèmes posées par les mystères de Mithra, mais il tient compte des interrogations de tous veux qu’intriguent les statues et bas-reliefs dispersés dans les musées, ainsi que les allusions des auteurs anciens, païens ou chrétiens. Plutôt qu’un exposé didactique et simplificateur, j’ai souvent préféré donner au lecteur un état des recherches actuelles et des difficultés soulevées tant par la documentation que par les interprétations antiques ou modernes du mithriacisme. Notre information reste tributaire de l’archéologie, qui nous réserve sans doute bien des révélations !

Mais, on perçoit assez clairement ce qui distinguait le mithriacisme des autres païens ( et même orientaux ) pour en dégager l’originalité foncière et authentique.

Naturellement, cette réédition intègre les principales découvertes qui ont été faites durant la dernière décennie, ainsi que les exégèses qui ont pu renouveler notre vision du mithricisme. Elle est aussi pour l’auteur une occasion de se remettre d’accord avec lui même sur certains points litigieux. C’est pourquoi cinq appendices reconsidèrent quelques données anciennes ou récentes dont l’analyse continue d’être controversée. La bibliographie adonc été remise à jour. Enfin des photographies, plus suggestives et mieux appropriées, remplacent plusieurs des dessins au trait qui illustraient trop sommairement ( et insuffisamment ) l’édition de 1981.

 

Protohistoire de Mithra

 

I. Etymologies :

 

Le sens su nom même de Mithra continue d’être discuté. En védique, mitra signifie  « ami » au masculin, « alliance, amitié » au neutre. L’avestique miora désigne le «  courant ». Depuis A. Meillet, beaucoup admettent que Mithra est l personnification du contrat. En effet, le processus suivant lequel un nom neutre d’abstraction ou d’apparence abstraite devient un nom de divinité est bien attesté ailleurs ( cf. en latin Venus, Fides, Cupido ). Mais les attributions et représentations du Mitra védique comme du Miora iranien dépassent la notion de « contrat », du moins au sens moderne et juridique du terme.

Pourvu d’un suffixe instrumental -tra ( tro : cf lat. aratrum « outil de labour »), l’appellatif mitra serait formé sur le degré zéro ( mi- ) d’une racine mei-/moi- qu’on retrouve dans toutes les langues indo-européennes ( lat. munus/ noenus, communis, mutuus, mutare ; all. Gemeisam ; lituan. maina ) avec l’idée d’échange ( Meillet ). Les pactes d’amitié sont parqués par des échanges de dons qui attestent la bonne volonté réciproque des contractants. D’autres ( Petersson, Güntert, Walde et Pokorny, Scherer, Eilers ) rattachent mitra à une racine mei- signifiant « lier, joindre », qui aurait donc une valeur très proche du sens que retenait Meillet. Plus récemment, W. Lentz  a déchiffré l’idée de pietas en faisant dériver le nom mitra d’une racine ma- signifiant «  mesure, juste mesure », garantie du lien social et familial. Enfin, J. Gonda fait maintenant valoir une autre racine mei-/moi- du sanskrit mayah (« restauration, revigoration ), en glosant quelque peu sur les têtes védiques relatifs à Mitra.

Aucune de ces deux dernières explications n’a sérieusement ébranlé celle de Meillet que retiennent aujourd’hui la plupart des spécialistes, même si le linguiste français eut le tort d’entendre le mot « contrat » de façon restrictive en l’opposant à la notion d’amitié. Mitra « contrat » et mitra « ami » n’illustrent pas un cas d’homonymie accidentelle ( I. Gershevitch ), car il n’y a pas d’amitié sans engagement «  mutuel ». Cette réciprocité fonde un lien, une alliance : prolongement sémantique naturel qui n’a pas lieu d’être isolé de la racine mei-/mo (« échanger »). Le schéma évolutif : « obligation mutuelle ( par échange de dons ) » : « ami, amitié » : « dieu Mitra » est historiquement vraisemblable. La racine mei- «  lier » se confond probablement avec celle qui, par la notion même d’échange, connote l’idée de réciprocité.

Mithra serait donc initialement le garant de la fides, de l’accord qui l’ordre du monde et de la société, c’est-à-dire aussi bien les rapports entre les dieux et les hommes que des hommes entre eux. Cette fonction fondamentale élucide à la fois les représentations védiques et avestiques, voire l’identification ultérieure du dieu avec le soleil ou la lumière. A l’époque romaine, il restera le dieu de la foi que se donnent les contractants de la dexiôsis, serrement des mains, serrement sur le feu de l’autel.

 

II Mitra védique :

 

Dans le texte d’un traité conclu vers 1380 entre le roi hittite Subbiluliuma et le roi de Mitani Mativaza sont invoqués comme témoins et garants de l’engagement pris par le Mitanien les dieux Mitra et Varuna, puis Indra et les jumeaux Nasatya. Cette séquence, qui transcrit théologiquement les trois fonctions de la société indo-européenne, coïncide avec celle qu’on trouve dans la religion védique, et tout donne à penser que ces Aryas de Mitani représentent un rameau des futurs Indiens égaré en Occident.

Mitra et Varuna védiques sont couramment accouplés ( sous la forme du double duel Mitra-Varuna ) comme les deux faces antithétiques et complémentaires de la souveraineté. Mitra en incarne l’aspect juridico-sacerdotal, bienveillant, conciliant, lumineux, proche de la terre et des hommes ; Varuna, l’aspect magique, violent, terrible, ténébreux, invisible et lointain. Cette opposition à l’intérieur d’un même genre n’est pas aussi nette dans les hymnes du Rg Veda que dans les commentaires liturgiques et théologiques qui appartiennent  à une époque postérieure. Mais il n’y a aucune raison solide pour interpréter cette différence en termes d’évolution, ni surtout pour ramener les deux termes de l’antinomie à une quasi-synonymie, comme l’a tenté P. Thième ( en expliquant le nom Varuna comme «  la Parole Vraie », étymologie purement conjecturale et très controversée). Mitra et Varuna garantissent tous deux, en tant que dieux souverains, le rta, c’est-à-dire l’ordre cosmique, religieux et moral. Mais le premier -dieu « ami »- règle les problèmes à l’amiable, par des contacts entre les parties et par leur bonne volonté réciproque : il harmonise et, comme le dit un hymne du Rg Veda ( 3.59 ), il fait « s’arroyer »  ou «  s’entendre les gens » (L.Renou traduit : «  qui hiérarchise les hommes »), tandis que Varuna, dieu « lieur », est le gardien statique et redoutable du rta. Mitra incarne donc quelque chose de la négociation réfléchie, de l’équité. Il est « force délibérante », tandis que Vrauna est « force agissante ». Dans la fonction souveraine, il représente le roi-prêtre  ( il est brahman ) et il a des affinités avec les Vasu, divinités liées à la troisième fonction, alors que Varuna doué du ksatra ( pouvoir de la force ) est mis parfois sur le même plan qu’Indra, dieu guerrier. Aussi a-t-on pu parler ( toutes proportions gardées ) de pouvoirs « spirituel » et « temporel ». De ce point de vue aussi, G.Dumézil a comparé le duo védique à celui des deux premiers rois de Rome, Romulus et Numa, qui correspondraient respectueusement à Varuna et à Mitra.

Pour conclure un accord, il faut offrir une victime blanche à Mitra. Mais curieus